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Nice : le séisme électoral du 22 mars

Nice : le séisme électoral du 22 mars

La grande remontada n’a pas eu lieu à Nice. Eric Ciotti l’emporte largement sur Christian Estrosi qui, après 18 ans à la tête de la mairie, annonce se retirer de tous ses mandats municipaux et métropolitains. Après Cagnes-sur-mer au premier tour et le basculement de Menton au second, une nuit historique qui recompose la carte politique du département et pose au niveau national la question de ce modèle "azuréen" d'alliance droite-extrême droite.

“On ne sait plus vraiment si l'objectif premier d'Eric Ciotti était de battre Christian Estrosi ou de gagner la ville de Nice. Il a réussi les deux”, commente Libération. A Nice, au vu des résultats du 1er tour et du maintien de la liste de gauche de Juliette Chesnel-Le Roux, la “grande remontada” qu’annonçait Christian Estrosi, tenait de l’impossible. Les broyeurs de dossiers qui ont tourné en plein pendant l’entre deux tours à la mairie, montraient que pour la municipalité en place, l’affaire était considérée comme pliée. Les résultats nets du second tour ont confirmé : 15.000 voix, comme au premier tour, séparent les deux “frères ennemis”. (Photo DR : Eric Ciotti hier soir acclamé à sa permanence niçoise).

Un tournant dans la vie politique des Alpes-Maritimes

Le second tour des élections municipales du 22 mars 2026 restera aussi comme un tournant majeur dans la vie politique des Alpes-Maritimes. A Nice tout particulièrement : il sonne comme la fin de l’ère Médecin. Et pour le Département — traditionnellement bastion de la droite républicaine et ancien fief sarkozyste — qui a vu en une seule soirée sa géographie électorale se redessiner en profondeur, avec une poussée sans précédent du bloc droite-extrême droite aux dépens des LR historiques.

Seize communes étaient concernées par ce second tour : Cabris, Carros, Gattières, La Turbie, Le Bar-sur-Loup, Menton, Nice, Peymeinade, Roquebrune-Cap-Martin, Roquefort-les-Pins, Saint-Laurent-du-Var, Tende, Théoule-sur-Mer, Utelle, Vence et Villefranche-sur-Mer. La mobilisation a été au rendez-vous. Le taux de participation à 17h a atteint 47,26 % dans les Alpes-Maritimes, en forte hausse par rapport au premier tour qui s'établissait à 41,39 % à la même heure. À Nice, la participation a finalement atteint 55,92 %, avec 128.118 votants sur 229.109 inscrits. 

Le choc Nice : la fin du règne Estrosi, l'avènement Ciotti

C'est le résultat le plus retentissant de la soirée. Avec 61.009 voix, soit 48,54 % des suffrages exprimés, Éric Ciotti décroche la majorité au conseil municipal, obtenant 52 sièges sur 69, ainsi que 49 sièges à la Métropole Nice Côte d'Azur. Derrière lui, Christian Estrosi recueille 37,2 % des suffrages. La candidate d'union de la gauche, Juliette Chesnel-Le Roux, ferme la marche avec 14,26 %.

Le dénouement était annoncé depuis le premier tour — Éric Ciotti avait déjà terminé en tête avec une avance de plus de 12 points sur Christian Estrosi (43,43 % contre 30,92 %) — mais l'ampleur de la défaite du maire sortant, en poste depuis 2008, a frappé les esprits. Dans l'entre-deux-tours, le patron des Républicains Bruno Retailleau avait refusé d'apporter son soutien à Christian Estrosi, laissant les électeurs choisir "en leur âme et conscience", un retrait qui a plombé un peu plus le sortant.

Pour Christian Estrosi, la chute est totale : il a annoncé, les larmes aux yeux, qu'il abandonnait la vie politique niçoise. "Le mandat de maire de Nice était la clé de voûte de mon engagement politique", a-t-il déclaré, précisant qu'il n'exercerait pas ses mandats de conseiller municipal et à la métropole. 

Menton : Alexandra Masson résiste à l'alliance Paire-Sarkozy

Alexandra Masson (RN) remporte la mairie de Menton avec 49,09 % devant Sandra Paire alliée à Louis Sarkozy (34,69 %) et Florent Champion (16,22 %). Une victoire significative car, dans l'entre-deux-tours, la candidate a dénoncé une "alliance contre-nature" de ses adversaires, qu'elle a qualifiée de "belle fessée" à France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur Le front républicain n'a pas suffi à endiguer la vague qui était déjà montée lors des dernières législatives.

Cagnes-sur-Mer : le coup de tonnerre du premier tour

Pour rappel, Bryan Masson (RN) avait déjà fait trembler le département dès le 15 mars. Le député RN de 29 ans a remporté la mairie de Cagnes-sur-Mer avec 50,21 % des voix au premier tour, loin devant le maire sortant Louis Nègre, 79 ans dont 31 à la tête de la ville, qui n'a réuni que 33,70 % des voix. Un basculement d'autant plus inattendu qu’en 2020, le candidat RN avait plafonné à 17 % au second tour dans cette même ville.

Les résistances : Saint-Laurent-du-Var et Roquebrune tiennent

Tout ne bascule pas. À Saint-Laurent-du-Var, Joseph Ségura dans un second tour incertain, est réélu maire de justesse avec 50,69 %, devant le candidat RN Rafael Quessada à 49,31 %. Un cheveu. À Roquebrune-Cap-Martin, Patrick Césari se maintient à la mairie avec 50,97 %.

Les surprises de la soirée

Gros coup de tonnerre à Roquefort-les-Pins : Ewan Corinaldesi, 19 ans, remporte le second tour avec 50,47 % des voix, battant le maire sortant Michel Rossi de seulement 39 voix et mettant fin à plus de 40 ans de mandat. La plus jeune victoire du soir.

À Villefranche-sur-Mer, Robert Capelier est élu maire face au sortant Christophe Trojani, avec 51,74 % contre 48,26 %. 

À Carros, le maire sortant Yannick Bernard perd la mairie au profit de Stéphane Revello, sans étiquette mais avec des colistiers engagés à gauche, qui obtient 53,98 %. 

A Vence, Régis Lebigre, le maire sortant, est battu, là également d’une courte tête par Anne Sattonnet de Nouvelle Energie avec 36,84% des suffrages contre 35,48% (un écart d’à peine 109 voix).

Ce qui était attendu… et ce qui ne l'était pas

La poussée du RN et de ses alliés ciottistes était anticipée depuis plusieurs mois — les sondages et le contexte national pointaient clairement dans cette direction. Mais l'ampleur du phénomène a dépassé les pronostics. Le RN était en tête dans 58 communes lors du premier tour (dont 7 listes d'alliance avec l'UDR), contre seulement 11 en 2020. 

Ce qui n'était pas attendu avant le premier tour : la brutalité de la défaite de Christian Estrosi, considéré comme l'un des maires les mieux implantés de France après trois mandats et une réélection à près de 60 % en 2020 ; l'élimination de Louis Nègre à Cagnes dès le premier tour, après 31 ans de règne ; et la victoire d'un candidat de 19 ans à Roquefort-les-Pins.

Un département désormais tripolaire… avec un pôle dominant

La carte politique du département se recompose autour de trois blocs, mais avec un déséquilibre marqué :

  • Le bloc UDR-RN contrôle désormais les deux plus grandes villes du département (Nice et Cagnes-sur-Mer), ainsi que Menton. Éric Ciotti disposera d'une cinquantaine de sièges sur 69 au conseil municipal de Nice, et d'une majorité de fait à la Métropole, appuyée par Bryan Masson, élu à Cagnes-sur-Mer. Cette alliance de fait entre l'UDR et le RN constitue désormais la force hégémonique du département.
  • La droite républicaine traditionnelle (LR/Horizons) résiste dans certaines communes mais sort affaiblie et sans leadership clair, après le retrait d'Estrosi. La victoire d’Eric Ciotti incarne la stratégie d'union de la droite et de l'extrême droite que le président du RN Jordan Bardella tente d'imposer dans la course à l'Élysée. 
  • La gauche reste marginale dans ce département, cantonnée à quelques poches urbaines (4 sièges au conseil municipal de Nice) et à des communes de moindre importance comme Carros.

L'enseignement politique majeur

Ce scrutin illustre une dynamique qui dépasse les Alpes-Maritimes : la stratégie d'union des droites portée par Eric Ciotti produit des résultats concrets dans les urnes. Le "front républicain" a montré ses limites à Menton comme à Nice, où la gauche niçoise a refusé de se désister, estimant que Christian Estrosi ne pouvait constituer un "vrai barrage". 

Le département, longtemps laboratoire de la droite gaulliste puis chiraquienne, devient potentiellement le laboratoire d'une nouvelle droite fusionnelle. La Métropole Nice Côte d'Azur — qui pèse plus de 550.000 habitants — est désormais dirigée de fait par cette coalition, ce qui lui donne un levier économique, urbanistique et touristique considérable dans la région.

Une question se pose aussi désormais : ce modèle "azuréen" d'alliance droite-extrême droite, validé électoralement, va-t-il inspirer d'autres territoires avant 2027 ? C'est ce que les prochains mois, et la présidentielle, révéleront.

 

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