La Côte d'Azur figure parmi les territoires où les Français déclarent le plus vouloir travailler. Son dynamisme économique, touristique et technologique en fait une destination de premier plan. Pourtant, derrière ce rayonnement, la réalité du quotidien raconte une autre histoire : les entreprises peinent à recruter, leurs projets de croissance sont freinés, et le premier motif de refus d'emploi enregistré à France Travail dans les Alpes-Maritimes est… la dépendance à la voiture. Un paradoxe que l'Institut Enterritoires a décidé de prendre à bras-le-corps, en mobilisant pendant près de huit mois plus de cinquante dirigeants, acteurs publics, experts du logement, de la mobilité, de l'emploi et du monde académique. (Photo DR).
Une enquête qui donne la parole aux Maralpins
Pour ancrer son analyse dans la réalité vécue, l'Institut a commandé à Odoxa une enquête auprès d'un échantillon représentatif de 600 habitants des Alpes-Maritimes. Les résultats sont sans ambiguïté : près d'un Maralpin sur deux place la réduction du coût du logement au premier rang de ses priorités, tandis que près de deux sur trois citent la réduction des embouteillages comme urgence absolue en matière de mobilité. Ces deux enjeux sont profondément liés : la pression foncière sur le littoral contraint de plus en plus d'actifs à s'éloigner des bassins d'emploi, renforçant ainsi leur dépendance à la voiture individuelle — utilisée quotidiennement par 77 % des habitants.
Sur le logement : produire plus, mieux, et autrement
Face à la saturation foncière du littoral, l'étude articule ses propositions autour de trois axes. Il s'agit d'abord de relancer la production de logements accessibles aux actifs, en s'appuyant sur des dispositifs existants à renforcer — logement intermédiaire, bail réel solidaire, viager solidaire — mais aussi en expérimentant de nouvelles approches adaptées à la situation exceptionnelle du territoire. Il convient ensuite d'agir plus proactivement sur le parc existant, en assumant une stratégie de densification accompagnée d'incitations pour les communes et les propriétaires, et en mobilisant les meublés de tourisme au profit de la résidence principale.
Enfin, l'étude plaide pour le développement du moyen-pays maralpin : cette zone dispose d'un potentiel foncier réel, mais son exploitation suppose d'améliorer significativement son accessibilité depuis les principaux bassins d'emploi, et d'y implanter un véritable aménageur de territoire couvrant l'ensemble des intercommunalités concernées.
Sur la mobilité : décongestionner et repenser les infrastructures
Côté transports, l'urgence est de proposer une offre fiable à des usagers dont les déplacements pendulaires sont paralysés par une congestion généralisée. L'étude soulève notamment la question de l'avenir de l'A8 — épine dorsale des déplacements est-ouest du département, empruntée quotidiennement par deux tiers des Maralpins —, dont le contrat de concession arrive à échéance en 2032.
Mais la priorité affichée est bien de sortir de la dépendance à la voiture individuelle : renforcement du réseau ferré, développement du covoiturage et des mobilités douces, et surtout concrétisation du projet de métro azuréen, qui fait l'unanimité parmi les acteurs du territoire et devrait, selon l'étude, faire l'objet d'une concertation sérieuse à l'échelle nationale au regard de son coût d'investissement.
Une gouvernance à réinventer pour un bassin de vie unique
L'un des enseignements les plus frappants de l'étude est le décalage entre la fragmentation administrative du territoire — plusieurs intercommunalités, trois bassins de mobilité — et la réalité d'un bassin de vie profondément interconnecté, où les actifs franchissent quotidiennement ces frontières invisibles. Cette gouvernance éclatée se traduit par une faible interconnexion des réseaux de transport, un manque de concertation sur des projets d'intérêt commun, et in fine des freins supplémentaires pour les usagers.
Sans prétendre révolutionner l'organisation locale, l'Institut préconise la création d'une plateforme commune rassemblant tous les acteurs du territoire, première étape d'une vision partagée à dix ou quinze ans.
30 propositions concrètes pour construire le territoire azuréen de demain
Au total, ce sont trente propositions concrètes, regroupées en six priorités, que l'Institut Enterritoires soumet aux acteurs locaux et nationaux : diminuer le coût du logement pour les actifs, accroître l'offre de logements, mieux concilier logement et économie touristique, décongestionner le littoral, développer le potentiel du moyen-pays, et adapter la gouvernance aux défis territoriaux. Pour Franck Cannata, président de l'UPE 06 et initiateur de la démarche, l'urgence d'agir n'a jamais été aussi forte. Ces propositions ont vocation à nourrir le débat public et à offrir aux acteurs locaux des pistes d'action tangibles pour que l'attractivité de la Côte d'Azur cesse d'être un paradoxe, et devienne enfin un levier réel de développement pour tous.