Si la colère agricole s’était pour l’instant moins exprimée par des actions spectaculaires dans les Alpes-Maritimes, elle sera marquée aujourd’hui par une matinée de mobilisation autour des sièges de la Métropole Nice Côte d’Azur, côté est du département, et de la CASA (Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis), côté ouest. À l’appel de la FDSEA 06, plusieurs convois de tracteurs et de véhicules agricoles seront s’engagées sur les routes dès 7 heures du matin. Une centaine d’exploitants agricoles du département, sur les 800 restants, devraient y participer. (Photo DR : les agriculteurs azuréens avec leurs tracteurs seront ce matin de nouveau sur les routes).
Deux opérations escargot sont ainsi organisées simultanément : l’une qui descendra RD6202 en direction du siège de la Métropole Nice Côte d’Azur à l’Arénas ; l’autre qui partira de Chateauneuf-de-Grasse (rassemblement au Pré-du-Lac) et convergera vers le siège de la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis. Objectif : interpeller directement les décideurs locaux sur une situation jugée critique pour l’avenir de l’agriculture maralpine.
Derrière cette mobilisation, un constat alarmant rappelle la FDSEA : recul continu des exploitations, pression foncière croissante, accès à l’eau de plus en plus contraint, empilement de normes et chute des revenus agricoles. “Toujours plus de contraintes, mais toujours moins de terres, moins d’eau et moins de reconnaissance”, résume la fédération. Les agriculteurs dénoncent l’écart grandissant entre les discours sur la souveraineté alimentaire et la réalité du terrain, où de nombreuses exploitations disparaissent faute de conditions économiques viables.
Parmi les principales revendications portées lors de cette journée on retrouvera la mise en place d’une véritable politique agricole locale, la protection effective des dernières terres à haute valeur agronomique, l’accès garanti à une eau économiquement soutenable , l’harmonisation des règles d’urbanisme et des normes environnementales, et surtout la possibilité de dégager des revenus décents. La question de l’eau cristallise particulièrement les tensions, notamment l’usage de l’eau potable pour l’irrigation et les fortes disparités tarifaires entre communes même quand elles appartiennent à la même communauté d’agglomérations.
Face à cette pression, certaines collectivités commencent à réagir. Consciente des difficultés rencontrées par le monde agricole, la CASA a ainsi annoncé le report de la facturation de l’eau et de l’assainissement, initialement prévue en 2025, au premier semestre 2026. Une mesure perçue comme un premier signal d’écoute, mais jugée insuffisante par les syndicats qui réclament des engagements concrets et durables, assortis d’un calendrier précis.
Au-delà des ralentissements attendus sur les axes routiers, les agriculteurs entendent surtout faire passer un message politique fort : sans décisions rapides, l’hémorragie agricole se poursuivra. “Sans agriculteurs, il n’y a pas d’alimentation, pas de territoires vivants, pas d’avenir”, martèle la FDSEA 06. Une journée de mobilisation qui pourrait marquer un tournant dans les relations entre le monde agricole et les collectivités locales des Alpes-Maritimes.